À Beauvais, jusqu'à dix personnes peuvent désormais arpenter ensemble une galerie de mine sans quitter le campus. Une expérience de réalité virtuelle collaborative développée intégralement en interne, qui rend des sites géologiques inaccessibles ouverts à tous, y compris en situation de handicap.
Certaines galeries de mines se trouvent à des centaines de kilomètres du campus, exigent une condition physique solide, n'admettent ni claustrophobie ni vertige, et restent fermées à quiconque ne peut affronter l'échelle et l'obscurité. Comment, dans ces conditions, les faire visiter à une classe entière ? À UniLaSalle Beauvais, la réponse tient dans un casque. L'équipe numérique APEX, en lien avec un enseignant-chercheur en géologie structurale, a conçu de A à Z une expérience de réalité virtuelle immersive et collaborative. Dix personnes y explorent la même galerie en même temps, depuis une simple salle du campus.
Reconstituer un réservoir vieux de millions d'années
Tout part d'une question de recherche. Pour comprendre comment circulent les fluides chargés en éléments critiques dans les réservoirs géothermiques profonds, les géologues ne peuvent pas se contenter de forages, coûteux et incomplets. Ils étudient plutôt des analogues de réservoirs : d'anciens réservoirs ramenés à la surface par les mouvements tectoniques, où les fluides minéralisés ont laissé leurs traces sous forme de veines exploitées en mines.

Deux galeries servent de support à l'expérience : l'une dans la Forêt-Noire allemande, à Schauinsland, l'autre dans le massif des Vosges, en France. Leurs structures de déformation se complètent, et c'est ensemble qu'elles permettent de reconstruire un modèle de circulation des fluides et d'éclairer la géologie du fossé rhénan, des cycles tectoniques les plus anciens jusqu'à l'époque contemporaine.
Les données ont été acquises dans le cadre d'un projet de recherche européen H2020 remporté par UniLaSalle. Sur place, de puissants projecteurs ont permis d'illuminer entièrement les galeries lors des prises de vue : un détail décisif, car en réalité virtuelle, le visiteur voit l'ensemble de la galerie d'un seul regard, là où le géologue sur le terrain n'aperçoit que la portion éclairée par sa lampe frontale.
Une visite guidée, à plusieurs, manettes en main
Dans l'expérience, les étudiants ne regardent pas un film. Ils suivent une visite menée par leur enseignant, exactement comme ils le feraient dans la galerie réelle. Ils observent les structures, mesurent des distances, tracent des plans de faille. Ils peuvent rester groupés derrière le professeur ou se répartir par équipes sur différents points d'intérêt, jusqu'à dix personnes connectées simultanément.

L'intérêt dépasse le simple confort. Organiser une excursion vers ces mines suppose des centaines de kilomètres de route, un accès payant, une marche éprouvante et le respect absolu de règles de sécurité, sans jamais écarter le risque de chute ou d'accident. La version virtuelle ouvre le site à tous, chaque jour, en toute sécurité.
« Une galerie de ce type est par exemple totalement inaccessible à une personne à mobilité réduite. En réalité virtuelle, elle ne l'est plus. » explique Ghislain Trullenque, enseignant-chercheur HDR en géologie structurale
L'apport vaut aussi pour la recherche. Le temps passé sur le terrain est toujours compté, et il arrive qu'on quitte une galerie en ayant oublié d'observer une zone. En réalité virtuelle, le géologue dispose de tout le temps nécessaire, revient autant qu'il le souhaite, et travaille sur une scène parfaitement éclairée.
Une première promotion européenne déjà conquise
L'expérience a été utilisée pour la première fois auprès d'étudiants lors d'un Blended Intensive Programme Erasmus+ organisé par UniLaSalle. Pendant une semaine, treize étudiants venus de République tchèque, de Lituanie, de Croatie, d'Autriche, d'Allemagne et de Roumanie ont enchaîné cours préparatoires en ligne, session de réalité virtuelle sur le campus, puis sorties de terrain sur les affleurements de l'Est de la France.
La pédagogie tient dans cet enchaînement. Plusieurs participants n'étaient pas géologues de formation, et tous ont saisi l'approche combinée : on prépare en ligne, on s'immerge en réalité virtuelle pour visualiser les structures en amont, puis on confronte le tout au réel sur le terrain. De la modélisation à l'observation directe, les étudiants ont relié géologie structurale, systèmes géothermiques et matières premières critiques, au cœur des enjeux de la transition énergétique.

Reste un point que l'équipe revendique volontiers : rien, ici, n'a été acheté clé en main. L'immersion en réalité virtuelle n'est pas une première en soi, mais le fait que chaque étape ait été réalisée en interne l'est davantage. De l'acquisition photographique dans les galeries à la modélisation 3D, jusqu'à l'intégration dans une expérience multi-utilisateurs, l'ensemble est une production maison.
« Tout a été développé en interne, de la prise de vue dans les galeries jusqu'à la possibilité d'entrer à plusieurs dans le modèle 3D. C'est cette dimension collaborative et immersive qui fait la force de l'expérience. » raconte Noam Le Garsmeur, apprenti en réalité virtuelle, à l'APEX UniLaSalle.
Une voie pour un enseignement plus accessible
Ce projet est né de la rencontre entre la recherche, l'équipe numérique et la pédagogie. Il porte la signature de Ghislain Trullenque, enseignant-chercheur HDR en géologie structurale, et de Noam Le Garsmeur, apprenti en réalité virtuelle, qui a réalisé l'expérience avec l'équipe APEX d'UniLaSalle. Au-delà de la prouesse technique, il dessine un enseignement des géosciences plus accessible, plus souple et solidement ancré dans la recherche. Prochaine étape : inscrire durablement cette immersion dans les programmes de formation de l'école.
