Pendant une semaine de juin, treize étudiants venus de six pays européens se sont retrouvés à Beauvais pour le premier Blended Intensive Programme Erasmus+ accueilli sur le campus. Au cœur de ce projet de coopération porté par UniLaSalle : une innovation pédagogique maison, une expérience de réalité virtuelle collaborative pour explorer ensemble des galeries de mines inaccessibles.
Tout commence par un projet européen. Réunir treize étudiants de République tchèque, de Lituanie, de Croatie, d'Autriche, d'Allemagne et de Roumanie autour de la géologie structurale et des enjeux de la transition énergétique suppose un long travail de coordination : nouer des accords avec des universités partenaires, monter le programme, organiser les mobilités, accueillir chacun sur place. C'est le service international de Beauvais, en collaboration étroite avec l'enseignant-chercheur Ghislain Trullenque, qui a construit ce cadre. Et c'est à l'intérieur de ce cadre qu'a pu prendre place une innovation pédagogique remarquable : pendant une semaine, ces étudiants ont enchaîné cours en ligne, immersion en réalité virtuelle sur le campus et sorties de terrain dans l'Est de la France. Au centre de l'expérience, une réalisation entièrement interne à UniLaSalle : une visite collaborative de galeries de mines en réalité virtuelle, où dix personnes explorent ensemble un site impossible à atteindre autrement.
Reconstituer un réservoir vieux de millions d'années
Tout part d'une question de recherche. Pour comprendre comment circulent les fluides chargés en éléments critiques dans les réservoirs géothermiques profonds, les géologues ne peuvent pas se contenter de forages, coûteux et incomplets. Ils étudient plutôt des analogues de réservoirs : d'anciens réservoirs ramenés à la surface par les mouvements tectoniques, où les fluides minéralisés ont laissé leurs traces sous forme de veines exploitées en mines.

Deux galeries servent de support à l'expérience : l'une dans la Forêt-Noire allemande, à Schauinsland, l'autre dans le massif des Vosges, en France. Leurs structures de déformation se complètent, et c'est ensemble qu'elles permettent de reconstruire un modèle de circulation des fluides et d'éclairer la géologie du fossé rhénan, des cycles tectoniques les plus anciens jusqu'à l'époque contemporaine.
Les données ont été acquises dans le cadre d'un projet de recherche européen H2020 remporté par UniLaSalle. Sur place, de puissants projecteurs ont permis d'illuminer entièrement les galeries lors des prises de vue : un détail décisif, car en réalité virtuelle, le visiteur voit l'ensemble de la galerie d'un seul regard, là où le géologue sur le terrain n'aperçoit que la portion éclairée par sa lampe frontale.
Une visite guidée, à plusieurs, manettes en main
Dans l'expérience, les étudiants ne regardent pas un film. Ils suivent une visite menée par leur enseignant, exactement comme ils le feraient dans la galerie réelle. Ils observent les structures, mesurent des distances, tracent des plans de faille. Ils peuvent rester groupés derrière le professeur ou se répartir par équipes sur différents points d'intérêt, jusqu'à dix personnes connectées simultanément.

L'intérêt dépasse le simple confort. Organiser une excursion vers ces mines suppose des centaines de kilomètres de route, un accès payant, une marche éprouvante et le respect absolu de règles de sécurité, sans jamais écarter le risque de chute ou d'accident. La version virtuelle ouvre le site à tous, chaque jour, en toute sécurité.
« Une galerie de ce type est par exemple totalement inaccessible à une personne à mobilité réduite. En réalité virtuelle, elle ne l'est plus. » explique Ghislain Trullenque, enseignant-chercheur HDR en géologie structurale
L'apport vaut aussi pour la recherche. Le temps passé sur le terrain est toujours compté, et il arrive qu'on quitte une galerie en ayant oublié d'observer une zone. En réalité virtuelle, le géologue dispose de tout le temps nécessaire, revient autant qu'il le souhaite, et travaille sur une scène parfaitement éclairée.
Un programme européen
Derrière cette semaine se cache un montage de plusieurs mois. L'idée d'un camp de terrain géologique existait déjà, héritée du projet Geo3EN, mais la brique réalité virtuelle est venue la renouveler. Pour cette édition, l'organisation a démarré dès octobre pour aboutir à l'accueil des étudiants le 14 juin. Le service international a développé de nouveaux accords de partenariat en Europe, relayé l'appel à candidatures auprès des universités de géosciences, puis géré la sélection : 21 candidatures reçues pour 16 places, et finalement treize étudiants au rendez-vous, issus de six établissements, de Vilnius University à la Czech University of Life Sciences de Prague, en passant par l'Université de Zagreb, l'USAMV Cluj-Napoca, la Hochschule Bochum et BOKU Vienne.

Le format, lui, répond au cadre précis des Blended Intensive Programmes Erasmus+ : une phase en ligne, ici neuf heures réparties en trois sessions, suivie d'une semaine en présentiel. L'ensemble s'est déroulé en anglais et a donné lieu à 3 crédits ECTS pour les participants. C'est aussi le premier BIP accueilli sur le campus de Beauvais, et il ne restera pas isolé : d'autres sont déjà programmés dans le cadre du financement Erasmus+ obtenu par l'école, avec une nouvelle édition prévue l'an prochain.
La pédagogie tient dans l'enchaînement. Plusieurs participants n'étaient pas géologues de formation, et tous ont saisi l'approche combinée : on prépare en ligne, on s'immerge en réalité virtuelle pour visualiser les structures en amont, puis on confronte le tout au réel sur le terrain, jusqu'en Alsace. De la modélisation à l'observation directe, les étudiants ont relié géologie structurale, systèmes géothermiques et matières premières critiques, au cœur des enjeux de la transition énergétique.
Une voie pour un enseignement plus accessible
Ce projet est né de la rencontre entre la recherche, l'équipe numérique et le service international. Il porte la signature de Ghislain Trullenque, enseignant-chercheur HDR en géologie structurale, de Noam Le Garsmeur, apprenti en réalité virtuelle au sein de l'équipe APEX, et du service international de Beauvais, qui a bâti le cadre européen sans lequel cette semaine n'aurait pas existé. Au-delà de la prouesse technique, il dessine un enseignement des géosciences plus accessible, plus souple, ouvert sur l'Europe et solidement ancré dans la recherche.

